Après la mort d’au moins 97 personnes dans le naufrage du ferry du lac Kariba, la question ne porte plus seulement sur les causes de la catastrophe. Elle concerne désormais la responsabilité de l’État. Lorsqu’un service exploité ou supervisé par une agence publique provoque un drame, plusieurs niveaux de responsabilité peuvent se superposer : celle des agents, celle des responsables administratifs et celle de l’institution chargée d’assurer la sécurité des usagers.
La première responsabilité peut être pénale et individuelle. Si l’enquête démontre qu’un responsable connaissait un danger, a ignoré des règles de sécurité ou a laissé fonctionner un service dans des conditions manifestement dangereuses, la justice peut rechercher sa responsabilité personnelle. C’est dans ce cadre qu’un responsable de l’agence publique concernée est poursuivi pour homicide involontaire. Cette accusation doit toutefois encore être examinée par la justice et ne constitue pas une condamnation.
Mais arrêter un responsable ne règle pas nécessairement toute la question. Lorsque l’infrastructure appartient au secteur public, il faut également déterminer si l’administration elle-même a correctement rempli son devoir de contrôle. Qui devait vérifier l’état du ferry ? Qui contrôlait le nombre de passagers ? Les procédures de sécurité existaient-elles ? Les responsables disposaient-ils des moyens nécessaires pour les faire respecter ? Une catastrophe peut résulter d’une faute individuelle, mais également d’une succession de défaillances institutionnelles.
La responsabilité de l’État peut aussi devenir financière. Lorsque des défaillances publiques sont établies, les victimes ou leurs familles peuvent chercher à obtenir une indemnisation. Le principe est important : un citoyen utilisant un service public ne devrait pas supporter seul les conséquences d’une négligence imputable aux autorités. Les mécanismes précis dépendent toutefois du droit national, des conclusions de l’enquête et des décisions des juridictions compétentes.
Le véritable enjeu de gouvernance apparaît lorsque l’enquête remonte au-delà de la personne présente le jour du drame. Une infrastructure vieillissante, des contrôles insuffisants, un manque d’entretien ou des règles régulièrement ignorées peuvent révéler un problème beaucoup plus profond qu’une seule erreur humaine. Dans ce cas, sanctionner uniquement un fonctionnaire risque de laisser intact le système ayant rendu la catastrophe possible.
C’est pourquoi la responsabilité publique ne s’arrête pas à trouver un coupable. Elle consiste aussi à comprendre pourquoi les mécanismes de sécurité ont échoué, indemniser les victimes lorsque la responsabilité publique est établie et modifier les règles pour éviter une répétition. Le drame du lac Kariba devient ainsi un test pour le Zimbabwe : la justice devra déterminer les responsabilités individuelles, mais l’État devra surtout démontrer qu’il est capable de tirer des conséquences institutionnelles d’une catastrophe survenue dans un service placé sous sa responsabilité.
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