Le projet d’Édouard Philippe repose sur une équation électorale presque contradictoire : aller suffisamment à droite pour attirer une partie des Républicains sans s’éloigner assez du centre pour perdre les anciens électeurs d’Emmanuel Macron. S’il réussit, il peut construire le bloc dominant de l’après-Macron. S’il échoue, il risque de se retrouver coincé entre Gabriel Attal et une droite plus conservatrice.
Philippe possède plusieurs avantages pour tenter cette synthèse. Il vient lui-même de la droite, a gouverné avec Macron et défend une ligne pro-européenne et économiquement libérale. Son parcours lui permet donc de parler deux langages politiques que peu de responsables peuvent réunir naturellement.
Mais les deux électorats ne sont pas entièrement compatibles. Une partie de la droite souhaite davantage de fermeté sur l’immigration, la sécurité et l’autorité. Une partie des centristes redoute précisément qu’un rapprochement trop poussé avec cette droite transforme le projet en rupture avec l’équilibre macroniste.
Le piège Retailleau–Attal
Bruno Retailleau peut attaquer Philippe en affirmant qu’il n’est pas suffisamment à droite. Gabriel Attal peut, inversement, chercher à convaincre les électeurs centristes que Philippe s’éloigne trop de leur identité.
Plus Philippe agrandit son espace, plus il offre à ses rivaux la possibilité de l’attaquer depuis les deux côtés.
Sa stratégie législative peut néanmoins lui donner une réponse. En proposant un contrat de majorité et des candidats communs plutôt qu’une fusion idéologique complète, il peut défendre l’idée que plusieurs sensibilités doivent cohabiter sans devenir identiques.
Le véritable test viendra de la présidentielle. Une coalition parlementaire peut accepter plusieurs nuances ; un scrutin présidentiel exige finalement un seul nom.
Philippe peut probablement réunir droite modérée et centre autour d’un accord. Il lui reste à prouver qu’il peut les réunir derrière sa propre personne. C’est là que se décidera la réussite ou l’échec de sa tentative de reconstruire un grand parti de gouvernement.
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