Comment expliquer que l’Afrique du Sud, l’un des pays qui revendiquent le plus fortement leur héritage panafricain, reste régulièrement confrontée à des violences contre les étrangers africains ? Les nouvelles déclarations de Cyril Ramaphosa, qui promet des arrestations et rejette toute complaisance envers la xénophobie, remettent en lumière un problème ancien. Derrière les agressions se croisent crise économique, immigration, défaillances des services publics et exploitation politique des frustrations.
La première explication est économique. L’Afrique du Sud demeure l’une des principales destinations migratoires du continent, mais elle connaît parallèlement un chômage extrêmement élevé et de profondes inégalités. Dans les quartiers populaires, la compétition pour les emplois informels, les logements ou les petits commerces peut créer des tensions. Des étrangers deviennent alors des boucs émissaires faciles : on leur reproche de prendre des emplois, d’accepter des salaires plus faibles ou de contrôler certains secteurs commerciaux. Pourtant, ces accusations simplifient des problèmes économiques beaucoup plus vastes que l’immigration seule ne peut expliquer.
Les services publics constituent un deuxième foyer de mécontentement. Accès au logement, soins, électricité, eau, écoles ou sécurité : dans certaines communautés, les habitants ont le sentiment que l’État ne répond plus suffisamment à leurs besoins. La présence d’étrangers peut alors être présentée comme une pression supplémentaire sur des infrastructures déjà fragiles. Ce discours transforme progressivement une crise de gouvernance en opposition entre citoyens sud-africains et migrants, alors que les véritables difficultés touchent souvent les deux populations.
À cela s’ajoute l’instrumentalisation politique de l’immigration. À chaque période électorale ou lors de poussées de mécontentement social, la question des étrangers revient au centre du débat public. Des mouvements militants réclament régulièrement des contrôles plus stricts et accusent les migrants en situation irrégulière d’être responsables d’une partie de la criminalité ou des difficultés économiques. Lorsque responsables politiques et personnalités publiques utilisent eux-mêmes un vocabulaire très dur sur l’immigration, la frontière peut devenir fragile entre un débat légitime sur la politique migratoire et une stigmatisation collective des étrangers.
Le paradoxe est particulièrement fort pour l’Afrique du Sud. Durant l’apartheid, plusieurs États africains avaient soutenu les mouvements sud-africains de libération, accueilli leurs militants ou participé à leur combat diplomatique. Depuis 1994, Pretoria se présente également comme un acteur majeur de l’Union africaine et défend régulièrement l’intégration du continent. Les attaques visant notamment des Mozambicains, Zimbabwéens, Nigérians ou autres ressortissants africains entrent donc directement en contradiction avec cette image panafricaine.
Les promesses de Ramaphosa seront désormais jugées sur les actes. Arrêter les auteurs de violences peut répondre à l’urgence, mais la xénophobie ne disparaîtra pas uniquement par la répression. Tant que chômage massif, pauvreté, sentiment d’abandon et discours politiques accusant les étrangers continueront de se renforcer mutuellement, de nouvelles flambées resteront possibles. Le véritable défi pour l’Afrique du Sud consiste donc à faire respecter sa politique migratoire sans transformer l’étranger en responsable de toutes ses crises internes.
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