Au Nigeria, le kidnapping n’est plus seulement une succession de faits divers : il est devenu un véritable modèle économique criminel. Entre juillet 2025 et juin 2026, environ 7 825 personnes auraient été enlevées dans le pays et près de 5 millions d’euros de rançons auraient été versés. Ces chiffres illustrent l’ampleur d’un phénomène qui met directement en cause la capacité de l’État à protéger sa population.
Les groupes armés ont compris qu’un enlèvement peut générer rapidement de l’argent avec relativement peu de moyens. Des villages isolés, des axes routiers, des écoles ou des communautés rurales deviennent des cibles privilégiées. Les familles sont ensuite placées sous une pression considérable pour réunir les sommes exigées. Plus certaines rançons sont payées, plus le système peut financer de nouvelles armes, des véhicules, des informateurs et de nouvelles opérations.
Cette économie criminelle produit aussi des effets beaucoup plus larges. Des agriculteurs abandonnent certaines zones devenues dangereuses, des familles évitent des routes essentielles et des communautés entières peuvent être déplacées. L’insécurité finit alors par affecter l’agriculture, le commerce, l’éducation et les déplacements, créant un cercle vicieux dans lequel les populations déjà fragiles deviennent encore plus vulnérables aux groupes criminels.
Le principal défi pour les autorités est que ces enlèvements ne relèvent pas d’une seule organisation. Bandits armés, réseaux criminels et groupes insurgés peuvent adopter des méthodes similaires dans différentes régions. Une réponse exclusivement militaire ne suffit donc pas : renseignement local, contrôle des flux financiers, sécurisation des zones rurales et poursuites judiciaires sont également nécessaires pour casser la rentabilité du kidnapping.
Pour Bola Tinubu, cette crise devient directement politique. Chaque nouvel enlèvement de masse remet en question les promesses de sécurité du gouvernement, alors que la présidentielle de 2027 approche. Si les citoyens continuent de devoir payer eux-mêmes pour récupérer leurs proches, l’État risque d’apparaître absent précisément dans l’une de ses fonctions fondamentales : garantir la sécurité.
Le Nigeria ne fait donc plus seulement face à une vague de kidnappings, mais à une industrie clandestine qui prospère sur les faiblesses de l’État. Tant que les ravisseurs continueront de considérer l’enlèvement comme une activité rentable et relativement peu risquée, les opérations ponctuelles de sécurité auront du mal à enrayer durablement le phénomène.
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