Le référendum constitutionnel organisé en Guinée-Bissau pose une question qui dépasse largement le contenu d’un nouveau texte : un vote populaire peut-il transformer en nouvel ordre institutionnel la concentration du pouvoir apparue après le coup d’État de novembre 2025 ? Les autorités de transition défendent un exécutif renforcé comme une réponse à des décennies d’instabilité. L’opposition y voit au contraire le risque de graver dans la Constitution un déséquilibre politique né d’une rupture de l’ordre démocratique.
Renforcer l’État ou renforcer celui qui le dirige ?
L’argument des autorités repose sur une réalité difficile à ignorer : la Guinée-Bissau a longtemps été confrontée aux crises institutionnelles, aux conflits entre présidence et gouvernement et aux interventions répétées de l’armée dans la vie politique.
Dans cette logique, donner davantage de prérogatives au président pourrait réduire les affrontements au sommet de l’État et permettre à l’exécutif de gouverner avec davantage de continuité.
Mais stabilité institutionnelle et concentration du pouvoir ne sont pas nécessairement synonymes. Un président capable de peser davantage sur la nomination du gouvernement, son maintien et le fonctionnement des autres institutions dispose mécaniquement de moins de contre-pouvoirs face à lui.
La vraie question devient donc : le nouveau système empêchera-t-il les crises ou empêchera-t-il simplement les autres institutions de s’opposer au chef de l’État ?
Un référendum ne peut pas effacer le coup d’État
C’est ici qu’une distinction essentielle doit être faite.
Si une Constitution est adoptée par référendum selon une procédure reconnue, ses nouvelles règles peuvent acquérir une base juridique pour l’avenir. Cela ne signifie pas pour autant que le vote rende rétroactivement légal ou démocratiquement légitime le coup d’État qui a précédé le processus.
Le référendum peut donc institutionnaliser un nouvel équilibre des pouvoirs. Il ne réécrit pas automatiquement les conditions dans lesquelles la transition est née.
C’est précisément l’une des critiques formulées par les opposants au projet : lorsque les règles du futur régime sont élaborées pendant une transition issue d’une prise de pouvoir militaire, la question n’est pas seulement de savoir si les citoyens votent « oui » ou « non », mais également qui a défini les options proposées au vote et dans quelles conditions politiques.
Le Parlement plus petit, donc nécessairement plus faible ?
Le projet prévoit également une réduction importante de la taille du Parlement. Les défenseurs de la réforme peuvent présenter cette mesure comme une manière de simplifier les institutions, réduire les coûts et rendre le système plus efficace.
Mais la taille d’une assemblée n’est pas qu’une question budgétaire.
Dans un pays politiquement fragmenté, réduire fortement le nombre de sièges et de circonscriptions peut modifier la représentation des territoires, des partis et des différentes forces sociales. Si cette réduction intervient parallèlement à un renforcement massif de la présidence, c’est l’équilibre général entre exécutif et législatif qui doit être observé.
Un Parlement plus petit n’est pas automatiquement moins démocratique. Il peut cependant devenir un contre-pouvoir plus fragile si ses compétences sont également réduites ou si l’exécutif dispose de moyens supplémentaires pour peser sur son fonctionnement.
Le véritable test arrivera après le référendum
Même une Constitution approuvée largement ne garantit pas à elle seule la stabilité.
Tout dépendra de la manière dont les nouvelles règles seront appliquées, de l’indépendance de la justice, de la capacité de l’opposition à fonctionner librement, du rôle futur de l’armée et surtout de la crédibilité des élections générales prévues en décembre.
Un exécutif puissant peut stabiliser un système lorsque les institutions qui l’entourent restent solides. Il peut aussi accélérer une dérive autoritaire lorsque les contre-pouvoirs deviennent trop faibles.
C’est pourquoi la Guinée-Bissau ne choisit pas seulement entre un président fort et un président faible. Elle choisit potentiellement le nouvel équilibre de son régime politique.
La stabilité ne suffira pas à juger la réforme
Les militaires peuvent défendre une idée simple : le système précédent produisait trop de crises, il faut donc le modifier. L’opposition répond qu’un régime démocratique ne peut pas résoudre son instabilité en concentrant simplement davantage de pouvoir au sommet.
Les deux arguments touchent au véritable dilemme bissau-guinéen.
Le référendum peut donner une base constitutionnelle à une présidence beaucoup plus forte. Il ne peut cependant, à lui seul, transformer une concentration du pouvoir en démocratie efficace. La réponse dépendra de ce qui suivra : élections compétitives, alternance possible, institutions indépendantes et retour durable de l’armée hors du jeu politique.
C’est là que se jouera finalement la portée historique du vote. Non pas dans la seule question de savoir combien de pouvoirs possède le prochain président, mais dans celle de savoir qui pourra réellement l’empêcher d’en abuser.
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