En Guinée-Bissau, la bataille autour de la nouvelle Constitution se joue en grande partie autour d’un poste : celui de Premier ministre. Le projet soumis au référendum cherche notamment à clarifier la supériorité du président sur le chef du gouvernement, dans un pays où les tensions entre ces deux centres de pouvoir ont régulièrement nourri les crises institutionnelles.
Pourquoi ce poste pose problème ?
Dans de nombreux régimes semi-présidentiels, le président et le Premier ministre partagent l’exécutif. En théorie, ce système permet d’équilibrer les pouvoirs. En pratique, il peut devenir instable lorsque les deux responsables ne disposent pas de la même légitimité politique ou appartiennent à des camps opposés.
La Guinée-Bissau a précisément connu ce type de rivalités, avec des affrontements récurrents entre la présidence, le gouvernement et le Parlement. Lorsque le Premier ministre contrôle une majorité politique différente de celle du chef de l’État, la question devient immédiatement sensible : qui dirige réellement l’exécutif ?
Ce que veut changer le nouveau texte
Le projet constitutionnel cherche à répondre à cette ambiguïté en donnant au président une autorité beaucoup plus claire sur le gouvernement.
Le chef de l’État disposerait d’un poids renforcé dans la nomination et la révocation du Premier ministre, mais aussi dans la direction générale de l’exécutif. Le Premier ministre deviendrait ainsi davantage un chef de gouvernement placé sous l’autorité politique du président qu’un véritable contrepoids au sommet de l’État.
Pour les défenseurs de la réforme, cette hiérarchie plus nette permettrait d’éviter les blocages et les crises à répétition.
Pourquoi l’opposition s’inquiète
Le problème est que clarifier les responsabilités peut aussi réduire les contre-pouvoirs.
Si le président contrôle plus directement la nomination du Premier ministre, son maintien et l’action gouvernementale, le chef du gouvernement perd une partie de son autonomie politique. Cela peut rendre l’exécutif plus cohérent, mais également concentrer davantage de pouvoir entre les mains d’une seule institution.
L’opposition redoute donc qu’un poste historiquement capable d’équilibrer la présidence ne devienne progressivement une fonction d’exécution.
Le Parlement est également concerné
Le rôle du Premier ministre dépend aussi de celui du Parlement. Dans un système où le gouvernement doit conserver la confiance de l’Assemblée, le chef du gouvernement dispose normalement d’une base politique propre.
Mais si la présidence devient plus puissante tandis que le Parlement est réduit et que le gouvernement dépend davantage du chef de l’État, c’est toute l’architecture institutionnelle qui se déplace vers le président.
Le référendum ne modifie donc pas seulement les relations entre deux personnalités. Il redéfinit le rapport entre présidence, gouvernement et représentation nationale.
Un dilemme classique des institutions africaines
Le débat bissau-guinéen renvoie à une question beaucoup plus large sur le continent : vaut-il mieux un exécutif partagé, qui limite la concentration du pouvoir mais peut produire des blocages, ou un président fort, plus efficace mais potentiellement moins contrôlé ?
Il n’existe pas de réponse automatique. Un président puissant peut gouverner efficacement si la justice, le Parlement et les élections restent solides. Mais lorsque ces contre-pouvoirs sont fragiles, la disparition progressive de l’autonomie du Premier ministre peut accélérer la personnalisation du pouvoir.
Le véritable enjeu est l’équilibre
La question n’est donc pas de savoir si la Guinée-Bissau doit absolument conserver un Premier ministre puissant. Elle est de déterminer ce qui remplacera son rôle d’équilibre si celui-ci devient beaucoup plus dépendant de la présidence.
Le nouveau texte cherche à mettre fin à l’ambiguïté sur la direction de l’exécutif. C’est précisément pour cette raison que le poste de Premier ministre est au cœur de la bataille constitutionnelle : derrière sa place se joue une question beaucoup plus fondamentale, celle de savoir jusqu’où le président pourra dominer l’ensemble du pouvoir exécutif.
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