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Ruto–Uhuru : comment deux alliés sont devenus ennemis

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William Ruto et Uhuru Kenyatta ont gouverné ensemble pendant près d’une décennie avant de devenir deux adversaires centraux de la politique kényane. Leur rupture explique encore une partie des tensions qui entourent le pouvoir à Nairobi. À l’approche du cycle politique de 2027, leurs affrontements ne portent plus seulement sur leur histoire commune : ils influencent les manifestations, les alliances de l’opposition et la bataille autour du bilan économique de Ruto.

L’alliance qui devait organiser la succession

Kenyatta et Ruto avaient construit une alliance électorale particulièrement efficace. Leur coopération leur avait permis de conquérir puis de conserver le pouvoir, Ruto occupant la vice-présidence pendant les deux mandats d’Uhuru Kenyatta.

Pendant plusieurs années, l’équilibre semblait relativement simple : Kenyatta gouvernait et Ruto apparaissait comme l’un des candidats naturels pour lui succéder. Cette perspective donnait à leur coalition une logique de continuité et permettait au vice-président de préparer progressivement sa propre base politique.

Mais cette succession n’a jamais été garantie constitutionnellement ou politiquement. Et lorsque les rapports de force ont commencé à changer, l’alliance s’est progressivement transformée en rivalité.

Le rapprochement Kenyatta–Raila a tout bouleversé

Un tournant majeur intervient lorsque Kenyatta se rapproche de Raila Odinga, jusque-là son principal adversaire. Ce rapprochement politique bouleverse les équilibres au sommet de l’État et donne à Ruto le sentiment d’être progressivement marginalisé à l’intérieur même de l’administration dont il est vice-président.

À partir de là, Ruto commence à construire son identité politique contre le système auquel il appartient pourtant encore officiellement. Il se présente davantage comme le représentant de ceux qui se sentent exclus des élites traditionnelles, tandis que Kenyatta s’éloigne progressivement de son ancien partenaire.

La rupture devient définitive lorsque l’ancien président choisit de soutenir Raila Odinga lors de la bataille pour sa succession plutôt que son propre vice-président.

La victoire de Ruto n’a pas refermé la fracture

Ruto remporte finalement la présidence et accède au pouvoir malgré l’opposition de Kenyatta. Ce résultat inverse brutalement le rapport de force : l’ancien vice-président devient chef de l’État, tandis que son ancien patron rejoint le camp politique qui cherche à limiter sa domination.

Mais la victoire électorale ne met pas fin à leur confrontation. Elle lui donne simplement une nouvelle forme.

Ruto gouverne désormais en considérant certains réseaux liés à l’ancien pouvoir comme des forces capables de résister à son programme, tandis que ses adversaires l’accusent de chercher à attribuer les difficultés du pays à ceux qui l’ont précédé.

Les tensions économiques et sociales deviennent alors un nouveau terrain d’affrontement.

Les manifestations ont rouvert la guerre

Les mobilisations antigouvernementales ont replacé l’ancien président au centre du discours de Ruto. Celui-ci accuse de nouveau Kenyatta et de riches responsables associés à l’ancien pouvoir de contribuer financièrement à certains mouvements destinés, selon lui, à perturber son gouvernement.

Ces accusations restent contestées politiquement et ne doivent pas être considérées comme des faits établis en l’absence d’éléments démontrés.

Pour Ruto, elles permettent néanmoins de construire un récit politique : les manifestations ne seraient pas seulement l’expression d’un mécontentement populaire, mais également le résultat de forces disposant d’argent et d’intérêts politiques cherchant à reprendre le contrôle.

Ses opposants défendent une lecture inverse. Ils considèrent que les manifestations trouvent d’abord leur origine dans les difficultés économiques, le coût de la vie, les choix fiscaux et le mécontentement envers le pouvoir.

Uhuru n’a plus besoin d’être candidat pour rester influent

La particularité de Kenyatta est qu’il n’a plus besoin de briguer directement la présidence pour peser sur le jeu politique.

Un ancien chef de l’État conserve des réseaux, des relations économiques, une capacité de mobilisation et une influence auprès de certaines élites. Son poids peut donc devenir particulièrement important dans une opposition fragmentée à la recherche d’un candidat ou d’une coalition capable de défier Ruto en 2027.

Cela ne signifie pas que Kenyatta contrôle cette opposition. Les différentes forces antigouvernementales possèdent leurs propres ambitions et leurs propres bases électorales. Mais son hostilité à Ruto peut favoriser certaines convergences.

2027 transforme leur histoire en enjeu électoral

La relation Ruto–Uhuru est finalement devenue plus importante que la simple rivalité entre deux hommes.

Elle permet à Ruto de présenter une partie de ses adversaires comme le retour d’un ancien système qu’il affirme avoir battu. À l’inverse, ses opposants peuvent rappeler que Ruto lui-même a longtemps été au cœur de ce système puisqu’il a gouverné pendant près de dix ans aux côtés de Kenyatta.

C’est ce paradoxe qui rend leur confrontation si puissante.

Ils ont partagé le pouvoir, construit ensemble une coalition nationale, remporté des élections côte à côte et participé au même gouvernement. Aujourd’hui, chacun utilise cette histoire pour fragiliser l’autre.

À l’approche de 2027, la vraie question n’est donc plus de savoir pourquoi Ruto et Kenyatta se sont séparés. Elle est de savoir jusqu’où leur rupture peut encore remodeler l’ensemble de l’opposition kényane et déterminer la prochaine bataille présidentielle.

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