Avec plus de 5 000 cas confirmés, la nouvelle épidémie d’Ebola place la République démocratique du Congo face à un paradoxe. Le pays affronte sa 17e flambée depuis 1976 et possède une expérience considérable en matière de surveillance, traçage des contacts et mobilisation communautaire. Pourtant, cette expertise n’a pas empêché l’épidémie actuelle de devenir la plus importante jamais enregistrée en RDC.
La première différence vient du contexte. La maladie s’est propagée pendant plusieurs mois avant d’être pleinement détectée, permettant à de nombreuses chaînes de transmission d’échapper à la surveillance. Les équipes doivent parallèlement intervenir dans des régions touchées par les conflits, les déplacements de population et la faiblesse des infrastructures sanitaires. Des méthodes efficaces lors d’une précédente épidémie deviennent beaucoup plus difficiles à appliquer lorsque les agents ne peuvent accéder rapidement aux communautés.
Les difficultés sont également institutionnelles. Des personnels engagés dans la riposte ont protesté contre des salaires et primes impayés, tandis que les moyens financiers restent inférieurs aux besoins. À cela s’ajoute une contrainte médicale majeure : l’épidémie est provoquée par le virus Bundibugyo, pour lequel aucun vaccin ni traitement n’est encore homologué, contrairement à la souche Zaïre mieux connue.
L’expérience congolaise reste donc précieuse, mais elle ne remplace ni un système de santé solide ni des financements durables. Pour Kinshasa, reprendre le contrôle exige désormais de coordonner l’État, les autorités locales et les partenaires internationaux tout en restaurant la confiance des populations. Ebola devient ainsi autant une crise sanitaire qu’un test de gouvernance publique.
L’essentiel : Malgré l’expérience accumulée lors de seize précédentes épidémies, la RDC reste freinée par l’insécurité, les difficultés de surveillance, le manque de moyens et les fragilités de son système sanitaire.






