Donald Trump ne figure sur aucun bulletin de vote au Québec, mais son nom pourrait devenir l’un des plus présents de la campagne provinciale. Alors que la bataille électorale débute, le gouvernement sortant cherche à faire des tarifs douaniers américains et des menaces commerciales venues de Washington un enjeu central du scrutin. Une stratégie qui transforme progressivement une élection locale en débat sur la capacité du Québec à résister aux turbulences provoquées par son puissant voisin.
L’argument est politiquement efficace parce que les conséquences d’un durcissement commercial américain peuvent être très concrètes : entreprises exportatrices fragilisées, investissements reportés, emplois menacés et incertitudes pour plusieurs secteurs dépendant du marché des États-Unis. Le pouvoir sortant peut ainsi se présenter comme un rempart chargé de protéger l’économie québécoise, tout en obligeant ses adversaires à expliquer comment ils réagiraient eux-mêmes face à une administration Trump plus protectionniste.
Cette stratégie comporte néanmoins un risque. Plus la campagne tourne autour de Washington, plus l’opposition peut accuser le gouvernement de détourner l’attention de son propre bilan sur les questions directement provinciales : services publics, logement, coût de la vie ou gestion de l’économie. Trump devient alors un adversaire électoral extrêmement pratique, puisqu’il permet de déplacer une partie du débat vers une menace extérieure dont le gouvernement québécois n’est pas responsable. La question sera donc de savoir si les électeurs considèrent cette menace comme prioritaire ou comme un écran devant les difficultés internes.
Le phénomène montre surtout jusqu’où la politique américaine peut désormais influencer des scrutins auxquels les États-Unis ne participent pas. Au Québec, l’élection pourrait ainsi devenir en partie un référendum sur la meilleure manière de protéger la province face au retour du protectionnisme américain. Trump n’a pas besoin d’être candidat pour peser sur la campagne : ses décisions commerciales peuvent suffire à redessiner les arguments, les priorités et même le choix des électeurs québécois.
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