Bola Tinubu entre dans la campagne présidentielle de 2027 avec un paradoxe majeur. Le président nigérian brigue un second mandat après trois années de réformes économiques saluées par une partie des investisseurs, mais profondément impopulaires dans une large partie de la population. Selon une enquête de SBM Intelligence publiée en juin, près de 80 % des Nigérians interrogés estiment que leur pays évolue dans la mauvaise direction.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2023, Tinubu a supprimé la subvention sur le carburant, laissé davantage flotter le naira et réduit certaines aides publiques. Ces mesures ont contribué à améliorer les recettes de l’État, à attirer des capitaux étrangers et à restaurer une partie de la confiance des marchés. Mais leur coût social est considérable. Les prix du carburant et de nombreux produits essentiels ont fortement augmenté, tandis que les ménages continuent de subir une inflation élevée et un pouvoir d’achat dégradé.
La campagne pourrait donc se jouer largement sur une question simple : les Nigérians ressentent-ils réellement les bénéfices des réformes ? L’insécurité reste également centrale, avec les enlèvements et les violences armées parmi les principales préoccupations des électeurs. L’enquête de SBM, menée auprès de 829 électeurs dans les six zones géopolitiques du pays, montre une insatisfaction particulièrement forte dans plusieurs régions.
Tinubu conserve pourtant un avantage politique majeur : une opposition fragmentée. Atiku Abubakar, Peter Obi et les autres candidats n’ont jusqu’ici pas réussi à constituer un front commun. Le président peut donc espérer que la division de ses adversaires compense l’impopularité de sa politique économique. Mais à cinq mois du scrutin, le coût de la vie pourrait devenir le véritable juge de son premier mandat.





