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Darfour : retour sur vingt ans de violences et de promesses non tenues

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En 2003, des groupes rebelles du Darfour prennent les armes contre Khartoum, dénonçant la marginalisation politique et économique de cette vaste région de l’ouest du Soudan. La réponse du régime d’Omar el-Béchir est d’une brutalité extrême : bombardements aériens, villages incendiés, milices arabes janjawid lâchées contre les populations non arabes. Entre 2003 et 2005, environ 200 000 civils meurent directement ou indirectement des violences, de la faim et des maladies, et plus de deux millions sont déplacés. Ces crimes – qualifiés de génocide par Washington et d’« atrocités de masse » par de nombreuses ONG – déclenchent un choc mondial qui contribuera à l’émergence du principe de la « responsabilité de protéger » au sein de l’ONU.

Face au tollé international, plusieurs processus de paix se succèdent : accords d’Abuja en 2006, puis Accord de Doha pour la paix au Darfour (DDPD) en 2011, qui prévoit une nouvelle Autorité régionale, la reconstruction, le partage des richesses et la protection des droits humains. En parallèle, l’Union africaine et l’ONU déploient la mission hybride UNAMID en 2007, chargée de protéger les civils et d’appuyer l’application des accords. Mais ces promesses restent largement inachevées : la mission est handicapée par le manque de moyens, les restrictions de Khartoum et un mandat ambigu, et ne parvient pas à désarmer les milices ni à garantir la sécurité hors de quelques grandes villes. Même après sa fermeture fin 2020, de nombreuses zones de camps et de villages demeurent militarisées et vulnérables.

La chute d’el-Béchir en 2019 et l’accord de paix de Juba en 2020 laissent espérer une sortie de crise, mais les violences communautaires continuent, notamment au Darfour-Ouest. Amnesty International souligne en 2023 que, vingt ans après le début de la guerre, les civils restent exposés aux attaques de milices et aux affrontements locaux malgré les nouveaux arrangements politiques. Cette fragilité explose lorsque, en avril 2023, la rivalité entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR/RSF) – héritières des janjawid – dégénère en guerre ouverte à l’échelle nationale. Au Darfour, les RSF et leurs alliés sont accusés de campagnes de nettoyage ethnique contre les Massalit et d’autres communautés non arabes, en particulier à El-Geneina et dans d’autres villes de l’ouest. Human Rights Watch et d’autres organisations documentent des massacres, des viols de masse et des destructions systématiques, qualifiés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

En 2024 et 2025, le siège puis la prise d’El-Fasher, dernier bastion de l’armée au Darfour-Nord, marquent une nouvelle étape dans l’horreur : bombardements sur les camps de déplacés d’Abu Shouk et de Zamzam, exécutions sommaires, attaques contre le personnel médical, plus de 200 civils tués lors d’assauts successifs selon les ONG. La famine officiellement déclarée dans la ville et d’autres zones du Darfour et du Kordofan résulte d’un blocus prolongé, de la destruction des récoltes et de l’impossibilité d’acheminer l’aide humanitaire. Au total, la guerre au Soudan a déplacé plus de dix millions de personnes, dont une part considérable venant du Darfour, tandis que la Cour pénale internationale enquête à nouveau sur les crimes récents commis dans la région.

Vingt ans après les premières promesses de « ne plus jamais laisser faire un nouveau Rwanda », le bilan est amer. Les mécanismes internationaux – missions de paix, accords de Doha ou de Juba, sanctions ciblées – ont souvent manqué de volonté politique et de ressources pour s’attaquer aux causes profondes : marginalisation du Darfour, impunité des responsables militaires, compétition pour les terres et les ressources. Aujourd’hui encore, les populations locales réclament avant tout la sécurité, le retour sur leurs terres et la justice pour les crimes commis depuis 2003. Sans pression réelle sur les belligérants et soutien solide aux acteurs civils, les nouvelles promesses risquent, une fois de plus, de rester lettre morte.