La livre soudanaise poursuit sa chute dans les zones contrôlées par l’armée, ajoutant une crise monétaire à une guerre déjà dévastatrice. Mardi, le dollar s’échangeait autour de 7 500 livres sur le marché parallèle, après avoir approché 8 000 récemment. Le contraste est spectaculaire avec le mois de mai, lorsque le taux tournait autour de 4 100 livres, et avec la période précédant la guerre, où un dollar valait environ 600 livres.
Cette dépréciation se traduit directement par une hausse du prix des produits de base, des difficultés d’approvisionnement et une pression accrue sur les revenus des ménages. La banque centrale ne publie plus de taux officiel actualisé, tandis que certaines banques commerciales pratiquent encore un niveau très inférieur à celui du marché parallèle. Pour les salariés, commerçants et familles déplacées, l’écart réduit le pouvoir d’achat et complique l’accès aux biens importés ou dépendant des devises.
La guerre a également produit une forme de partition économique. Une partie importante de l’or, du bétail, des oléagineux et de la gomme arabique provient de régions contrôlées par les Forces de soutien rapide. Dans ces zones, le taux de change est resté plus proche de 4 200 livres pour un dollar. Les autorités alignées sur l’armée disposent donc de moins de recettes liées à certaines exportations, tandis qu’une part importante des ressources restantes est absorbée par l’effort militaire.
Deux circuits économiques distincts se consolident ainsi au rythme de la division territoriale. Les échanges, les recettes publiques et la disponibilité des devises ne suivent plus la même logique selon les zones de contrôle. Cette fragmentation rend une stabilisation monétaire nationale beaucoup plus difficile, même dans les régions où les combats ont reculé. Tant que la guerre maintient des administrations, des routes commerciales et des sources de revenus séparées, la crise de la livre restera étroitement liée à la crise politique et militaire.







