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Mali : pourquoi la baisse de la production d’or menace les recettes publiques

La baisse prévue de la production d’or pourrait limiter les recettes fiscales et les dividendes perçus par l’État malien jusqu’en 2029.

La baisse de la production d’or au Mali menace directement les recettes publiques, même si le nouveau code minier accorde à l’État une part plus importante de chaque projet.

La production industrielle d’or du Mali est tombée de 66,5 tonnes en 2023 à 54,8 tonnes en 2024, puis à seulement 42,2 tonnes en 2025. Le plan du ministère des Mines prévoit 43,2 tonnes en 2026, 51,2 tonnes en 2027, 57 tonnes en 2028 et 50 tonnes en 2029. Le pays resterait donc durablement sous le seuil de 60 tonnes, réduisant la quantité d’or sur laquelle l’État peut percevoir taxes, redevances et dividendes.

Plus de revenus par tonne, mais moins de tonnes extraites

Adopté en 2023, le nouveau code minier doit pourtant augmenter la part revenant aux finances publiques. Il a relevé les redevances minières de 6,5 % à 10 % et porté la participation de l’État et des investisseurs maliens d’au moins 20 % à 35 %, avec un accès prioritaire aux dividendes. Un audit a permis de récupérer 761 milliards de F CFA d’arriérés, tandis que le gouvernement espère augmenter les recettes annuelles du secteur de 586 milliards de F CFA. Mais des prélèvements plus élevés ne suffiront pas nécessairement si la production taxable continue de diminuer.

La réforme a également provoqué des tensions avec plusieurs compagnies. Le conflit le plus important a opposé Bamako à Barrick autour du complexe de Loulo-Gounkoto, dont l’exploitation a été perturbée avant un accord. B2Gold, Resolute Mining, Allied Gold et d’autres groupes ont fini par adopter le nouveau régime après des négociations avec l’État. Ces différends ont pesé sur la production et peuvent retarder de nouveaux investissements, l’exploration et le renouvellement des réserves.

La réforme peut augmenter les redevances et la participation publique, mais son rendement dépend du volume réellement produit et vendu. Si les mines tournent au ralenti, si les exportations sont perturbées ou si de nouveaux projets sont repoussés, la hausse des taux ne compense pas nécessairement la diminution de l’activité. L’État doit donc suivre à la fois les recettes encaissées et la santé opérationnelle du secteur.

Le dilemme entre souveraineté et investissement

Le risque dépasse donc les résultats immédiats des mines. Les réserves industrielles devraient reculer de 906,8 tonnes en 2026 à 748,6 tonnes en 2029, menaçant les recettes futures. Une baisse prolongée pourrait réduire les moyens disponibles pour financer les infrastructures, les services publics et les dépenses sociales. Le défi pour Bamako consiste ainsi à obtenir une meilleure part de chaque tonne extraite sans décourager les investissements nécessaires au maintien de la production.

Les tensions contractuelles ajoutent un risque de moyen terme. Des négociations longues ou imprévisibles peuvent ralentir l’exploration, alors que les réserves existantes doivent être renouvelées. À l’inverse, un cadre trop favorable aux compagnies réduirait la part nationale. La stabilité des règles, la transparence des contrats et des mécanismes crédibles de règlement des différends sont indispensables pour sortir de cette opposition.

Pour les finances publiques, la prudence consiste à ne pas bâtir les dépenses permanentes sur des recettes minières volatiles. Une partie des revenus exceptionnels peut financer des infrastructures ou un fonds de stabilisation, tandis que la diversification économique réduit la dépendance au cours de l’or et aux décisions de quelques opérateurs.

Les prochaines statistiques devront distinguer production industrielle, orpaillage et exportations. Des écarts entre ces données peuvent signaler une activité informelle importante ou des difficultés de collecte. La publication régulière des volumes, des taxes et des dividendes reçus par l’État permettrait de vérifier si le nouveau code minier améliore réellement les finances publiques malgré la baisse de la production officielle.

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