« Les petits commerces doivent revenir aux Kényans. » Le message peut paraître simple et politiquement efficace. Mais derrière cette formule se trouve une question beaucoup plus profonde : jusqu’où un État peut-il réserver certaines activités à ses citoyens sans fragiliser l’intégration africaine et alimenter la xénophobie économique ?
Le raisonnement de Ruto
Le gouvernement considère que les investissements étrangers doivent apporter du capital, des technologies et des emplois.
Il estime donc qu’un investisseur étranger n’a pas besoin d’occuper les mêmes petites activités qu’un citoyen disposant de peu de ressources.
Cette distinction peut sembler cohérente : attirer les multinationales, protéger les petits commerçants locaux.
Mais l’économie réelle est beaucoup plus complexe
Un étranger peut vivre au Kenya depuis vingt ans, avoir un conjoint kényan, employer plusieurs personnes et payer ses impôts.
Un réfugié peut dépendre d’une petite boutique pour faire vivre sa famille.
Une interdiction définie uniquement par la nationalité risque donc de traiter de manière identique des situations très différentes.
La contradiction africaine
Les gouvernements africains défendent régulièrement l’intégration régionale, la Zone de libre-échange continentale et une plus grande circulation des personnes et des capitaux.
Réserver de plus en plus d’activités selon la nationalité peut entrer directement en tension avec cette ambition.
Si chaque pays adopte la même logique, les Kényans installés ailleurs pourraient également devenir la cible de restrictions.
Le contenu local offre une voie intermédiaire
Un État peut exiger qu’une entreprise emploie davantage de citoyens, achète localement et transmette des compétences sans interdire automatiquement la présence étrangère.
Cette méthode cherche à maximiser les retombées économiques plutôt qu’à exclure sur la seule base du passeport.
Le risque politique
Le nationalisme économique fonctionne parce qu’il offre une explication simple à des problèmes complexes : si les emplois manquent, quelqu’un doit être accusé de les prendre.
Mais chômage, manque de crédit, informalité et faible productivité ne disparaîtront pas simplement avec la fermeture de commerces étrangers.
Le Kenya peut protéger ses citoyens. Le véritable défi sera de le faire sans transformer l’étranger en bouc émissaire d’un problème économique beaucoup plus profond.
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