La Tanzanie vit une semaine électrique après le vote général du 29 octobre. La commission électorale a donné Samia Suluhu Hassan largement en tête, prolongeant ainsi l’hégémonie du CCM, au pouvoir depuis l’indépendance. Mais ce résultat était presque écrit d’avance puisque les deux principaux adversaires, le Chadema de Tundu Lissu et l’ACT-Wazalendo, ont été soit disqualifiés soit neutralisés par des poursuites, ce qui a vidé le scrutin de sa compétition réelle. Plusieurs observateurs africains et ONG parlent d’une élection formelle, tenue dans un climat de peur, avec disparitions d’opposants et médias sous pression.
L’annonce des premiers chiffres a mis le feu à Dar es Salaam et dans certaines villes côtières. Des cortèges ont défié l’interdiction de manifester, la police a tiré des gaz lacrymogènes, un couvre-feu a été instauré dès 18 h et les connexions internet ont été ralenties, ce qui rappelle les précédents de Zanzibar en 2000 ou 2015. Les manifestants dénoncent un “mandat confisqué” et exigent la réouverture du jeu politique, tandis que le gouvernement accuse l’opposition d’instrumentaliser la rue.
En toile de fond, le pays risque d’y laisser sa réputation de pôle stable d’Afrique de l’Est. Les partenaires du FMI et de la Banque mondiale suivent la crise de près car une contestation qui durerait ferait fuir les investisseurs et compliquerait les projets d’infrastructures portés par Dodoma. Sans un geste d’apaisement pouvoir-opposition, la Tanzanie va s’installer dans un face-à-face usant qui pourrait vite dépasser le seul cadre électoral.









