Au Conseil de sécurité des Nations unies, cinq pays disposent d’un pouvoir particulier : la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie. Ils sont les cinq membres permanents du Conseil, souvent appelés les « P5 ». Ce statut remonte à la création de l’ONU en 1945, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Les puissances victorieuses qui avaient joué un rôle central dans la construction du nouvel ordre international ont obtenu un siège permanent et la possibilité de bloquer certaines décisions.
Le veto ne s’applique pas à tous les votes. Pour les questions dites de procédure, une décision peut être adoptée avec neuf voix favorables sur les quinze membres du Conseil, sans que l’accord des cinq permanents soit nécessaire. En revanche, pour les décisions de fond — par exemple certaines sanctions, l’autorisation de recourir à la force ou des résolutions liées à une crise internationale — il faut au moins neuf voix favorables et aucun vote négatif d’un membre permanent. Une abstention d’un membre permanent n’est pas considérée comme un veto.
Ce mécanisme a été pensé comme une condition du fonctionnement du système de sécurité collective : les fondateurs de l’ONU considéraient qu’une organisation internationale ne pourrait pas imposer durablement des décisions majeures contre l’une des grandes puissances militaires de l’époque. Le veto devait donc maintenir ces puissances à l’intérieur du système plutôt que les pousser à l’ignorer. En pratique, il a aussi permis à chacun des cinq pays de protéger certains intérêts stratégiques ou certains alliés.
Le droit de veto est régulièrement critiqué lorsqu’il empêche le Conseil d’agir dans une crise grave. D’autres défendent son rôle comme mécanisme de prudence face à des décisions susceptibles d’entraîner une confrontation entre grandes puissances. Modifier ce système serait particulièrement difficile, car une réforme de la Charte des Nations unies exige notamment la ratification des cinq membres permanents eux-mêmes. Le veto est donc à la fois un héritage de 1945 et l’une des caractéristiques les plus durables du fonctionnement de l’ONU.
À consulter : L’Agenda Politique — Demain.







