Les Houthis cherchent-ils à transformer le détroit de Bab el-Mandeb en équivalent du détroit d’Ormuz ? C’est l’alerte lancée par Afrah al-Zouba, ministre des Affaires étrangères désignée du gouvernement yéménite reconnu internationalement. Selon elle, le mouvement armé tente de reproduire la méthode iranienne : menacer un passage maritime stratégique afin d’obtenir un puissant moyen de pression économique et politique.
Cette stratégie s’appuie sur la position du Yémen à l’entrée sud de la mer Rouge. Les Houthis ont annoncé un blocus visant les navires liés à l’Arabie saoudite et revendiqué des attaques contre des pétroliers ainsi que des installations saoudiennes. Le trafic maritime a déjà ralenti, tandis que les armateurs doivent évaluer les risques d’attaque, la hausse des assurances et la possibilité de contourner l’Afrique.
La comparaison avec l’Iran repose sur une même logique : utiliser un détroit étroit pour perturber l’approvisionnement énergétique mondial sans nécessairement l’occuper physiquement. Yanbu, principal port pétrolier saoudien sur la mer Rouge, était justement devenu une solution pour contourner les perturbations à Ormuz. En menaçant cette voie, les Houthis peuvent fragiliser simultanément les exportations saoudiennes et les routes commerciales reliant l’océan Indien au canal de Suez.
Les deux situations ne sont cependant pas identiques. L’Iran dispose d’une marine régulière, de forces navales des Gardiens de la révolution et d’importants moyens industriels, alors que les Houthis s’appuient surtout sur des missiles, des drones et des attaques ponctuelles. Ils peuvent fortement perturber Bab el-Mandeb, mais leur capacité à en assurer un contrôle durable reste incertaine. Des sources citées par Reuters ont néanmoins affirmé que Téhéran leur avait demandé de fermer cette voie en cas d’attaque américaine contre certaines infrastructures iraniennes, renforçant les soupçons de coordination stratégique.






